Shane Kalinski avait passé la journée enfermé dans sa chambre. Il était assis sur son lit, un cutter à la main et transpercait la peau de son bras gauche. Il ne pleurait pas, du moins, il ne voulait pas. Les blessures qu'il s'infligeait étaient inférieures à la souffrance qu'il ressentait dans sa tête. Sa mère avait essayé d'entrer dans sa chambre mais il avait mis la clée dans la serrure. James avait tenté de le faire sortir mais il refusait. Alors, son père, sous le coup de la colère avait défoncé la porte et quand il vit cet effroyable spectacle, il se précipita sur Shane et le rua de coups. Shane hurlait , et alertée par les cris, Mme Kalinski se rendit aussitôt dans la pièce et retena son mari :
- Viktor ! Je t'en supplie, arrête !
- Regarde ce que ton abruti de fils a fait ! Tu trouves ça normal, toi ?
Mme Kalinski ouvra la bouche de terreur en voyant le bras de son fils. Elle se mit à pleurer, sans pouvoir s'arrêter.
- Tu vois ce que tu as fais , sale gamin ? Tu as fais pleurer ta mère ! J'aurais honte à ta place ! Ce sont les lâches qui agissent de la sorte !
- Viktor, commenca Mme Kalinski.
- Oh toi, n'essaye pas de prendre sa défense ! De toute façon, ton fils est une mauviette et un cinglé.
- Shane a besoin de soutien et de soin, commença Mme Kalinski.
- Du soutien ? Il n'en mérite pas. Par contre, Il a sa place dans un asile de fous !
- Je ne suis pas fou ! Je ne suis pas fou ! , répétait Shane.
- Mais non mon amour , tu n'es pas fou, dit Mme Kalinski, ton père est en colère et quand les gens sont énervés, ils ont tendance à dire des choses blessantes qu'ils ne pensent pas.
- Je suis très calme et je pense sincérement ce que j'ai dis.
- Je ne suis pas fou ! Je ne suis pas fou ! Je ne suis pas fou ! , hurla Shane.
D'un bond, M.Kalinski gifla Shane. C'était une scène impressionnante : Mme Kalinski essayait de retenir son mari , et ce dernier, fou furieux, frappait Shane. Mme Kalinski appella de l'aide et James les rejoigna aussitôt. Il saisissa son père et l'emmena loin de Shane. Celui ci courra dans les bras de sa mère pour avoir du réconfort.
Sa mère la serra très fort contre elle.
Viktor Kalinski leur jeta un regard noir et sortit de la chambre en disant:
- Fais-en ce que tu en veux de ton fils. Pour moi, il n'existe plus.
Et la scène se termina ainsi.
Le lendemain, Mme Kalinski avait pris rendez vous avec un psychiatre de l'hôpital. Shane refusait tout soin mais sa mère lui fit comprendre qu'il n'était pas fou et que beaucoup de personnes avaient besoin d'aide. Sa mère avait désinfecté ses blessures et son bras étaient couvert d'un bandage. Viktor Kalinski refusait d'adresser la parole à Shane. Quand Mme Kalinski et lui partirent , Viktor se contenta de dire :
- Amusez-vous bien. Et essaye de revenir sans lui.
Shane contena ses larmes. Arrivés à l'hôpital, Mme Kalinski et Shane montrèrent leur présence et ils furent aussitôt pris en charge par M.Ratel, psychiatre pour enfants et adolescents. Son bureau était triste , cela ne réjouissait pas Shane. Il s'asseya sur une chaise pas confortable et il se mit à tordre ses doigts dans tous les sens. Cette attitude captiva M.Ratel, jusqu'au moment où il prit la parole:
- Bonjour Shane. Je suis M.Ratel, psychiatre des hopitaux.
- Je sais.
- Ta maman m'a contacté afin que je puisse t'aider.
- Je sais.
- Je vois que tu sais tout. Mais moi, je ne connais pas certaines choses. Peut tu me parler de ces choses dont j'ignore ?
- Je vais très bien.
- Pourtant tu n'as pas l'air. Si tu le souhaites, ta maman peut parler à ta place.
- Je vous répète que tout va bien.
- Je vais le faire, M.Ratel, dit Mme Kalinski.
Elle raconta l'histoire de Shane ainsi que les moindres détails qui donna plus de précision à M.Ratel. Il écoutait attentivement, sans dire un mot. Il semblait réfléchir. Shane baissait la tête et quand sa mère parla de la relation difficile avec son père, il ferma les yeux pour s'empêcher de pleurer. Quelques instants plus tard, Mme Kalinski montra les blessures de Shane à M.Ratel et par la même occasion, il remarqua la maigreur du jeune garçon. Mme Kalinski lui suppliait de l'aider, elle ne savait que faire.
- Il ya peut être une solution pour Shane. Je m'occupe d'une structure qui accueuille des enfants et adolescents la journée. Shane pourra rencontrer des spécialistes et se vider l'esprit. Mais je suis confus car les places sont très chères. Mais vu le cas extrême de Shane ...
- Combien de places restent-il ? demanda Mme Kalinski.
- Une. Du moins, il en reste deux mais la deuxième est déjà réservée car c'est une grande urgence. C'est une petite fille qui a besoin de soins. Tu vois, Shane , tu n'es pas le seul à avoir des problèmes.
Shane haussa les épaules car il ne savait quoi dire. Ca le rassurait un peu, il y avait d'autres enfants nécessiteux de soins.
- Shane , je vais tout faire pour que tu sois admis dans mon centre. Tu es très malade et ton anorexie mentale doit être rapidement soignée. Tu risques d'avoir de très graves problèmes de santé et tu peux en mourir. Evidemment, tu ne le souhaites pas ?
- Cela m'est égal, je finirais par mourir de toute façon.
- Ne dis pas ça , Shane, intervena sa mère, c'est un passage difficile et tu vas t'en sortir.
- Ta mère a tout à fait raison. Depuis que j'exerce mon métier, beaucoup de jeunes ont guéri et ils sont très heureux maintenant.
Shane n'y croyait pas. Déjà, il parlait de " certaines personnes " et les autres ? Elles étaient ensevélies dans un cimetière ? Shane détestait le mensonge. M Ratel lui faisait de faux espoir et cela allait le détruire encore plus. Envahi par ses pensées, il fut secoué par une voix affolante d'une infirmière qui était entrée brusquement dans le bureau.
- Dr Ratel , nous avons besoin de vous, la nouvelle petite patiente est en train de faire une crise d'angoisse.
- Donnez lui une dose de tercian, environ cinquante gouttes.
- En piqure ou à boire ?
- En piqure. Il faut que ça prenne effet très rapidemnt. Si elle se débat, appellez des collègues pour la tenir.
- Bien, Dr Ratel, dit l'infirmière, excusez moi de vous avoir déranger.
Elle referma la porte derrière elle. Shane était choqué. Ils allaient lui faire une piqure ! De cinquante gouttes ! A une petite fille ! Quel horreur !
- Pourquoi vous lui faites une piqure ? Vous êtes fou !
- Shane , il y a des moments où les patients sont incontrolables et il est nécessaire de leur prescrire une piqure. Ce n'est pas très grave et ça ne fait pas de mal. Au contraire, ça soulage. Tu n'as pas de souci à te faire.
- Je veux aller la voir, lança Shane.
- De qui parles tu ? s'étonna M.Ratel.
- De la petite fille ! Je veux l'aider !
- Je t'assure qu'elle est entre de bonnes mains , ils vont s'occuper d'elle. Parlons de toi, un peu.
- Vous vous en fichez de vos patients ! Cette petite fille a besoin d'aide !
- Tu as un grand coeur, et c'est touchant que tu t'inquiètes pour elle mais toi aussi tu as besoin d'aide.
Shane se leva et sortit du bureau en courant. Sa mère l'appella mais obstiné , il se mit à parcourir l'hôpital. Il entendit des cris et des pleurs plus loin et se dirigea grâce aux sons.
- MAMAN ! MAMAN ! J'AI PEUR !
En face de lui, une petite fille aux longs cheveux noirs était recroquevillée sur elle même et hurlait. Un infirmier avait une seringue dans sa main, prêt à la piquer. Shane se précipita sur elle et la prit dans ses bras.
- Petite fille, n'ai pas peur, je suis là pour te protéger, lui murmura t'il.
- Il va me faire une piqure , et je ne veux pas, je ne veux pas, parvena t'elle à dire en se calmant.
- Si tu arrêtes de pleurer, il te laissera tranquille ...
- Le docteur a dit que je devais aller dans son centre ...
- M. Ratel ?
- Oui, il est méchant. Je veux ma maman ...
- Ta maman est morte, intervena une voix.
M.Ratel était là avec Mme Kalinski. C'était lui qui venait de parler d'un ton sec. La petite fille serra la main de Shane très fort. Shane jeta un regard noir au médecin.
- Shane , je n'y suis pour rien et cesse de me regarder de la sorte. Maintenant laisse mademoiselle Céline Romet et reviens dans mon bureau.
Les yeux verts de Shane croisèrent ceux de Céline Romet. Il lui adressa un grand sourire et par magie, les pleurs de la petite fille cessèrent.
- Vous avez vu ? Il suffit d'un sourire pour rendre heureux les gens, lança Shane.
Mme Kalinski souria. Elle était fière de son fils. M.Ratel avait gardé le silence mais il était stupéfait de la scène. Lui-même, il était impossible de calmer Céline et là, un adolescent venait de réussir. Céline fit un bisou sur la joue de Shane pour le remercier.
- Shane , viens, il faut lui laisser un peu de repos, dit Mme Kalinski.
Mais Céline le retena.
- Céline semble s'être très attachée à toi, constata M.Ratel.
Elle lui souria et Shane fut émerveillé par la beauté de son sourire et de ses grands yeux bleus. Elle se mit à rire quand elle compara les grandes mains de Shane et les siennes.
- J'ai des mains de bébé, dit-elle.
- Tu es encore petite, Princesse.
- Ho ! Tu crois que je suis une princesse ?
- Absolument. Tu es belle comme une princesse.
- Céline, intervena M.Ratel, il faut que tu retournes dans ta chambre pour te reposer.
Elle fit la moue. Elle finit par dire :
- Mais Shane va partir et je ne le verrais plus !
Shane lui chuchota à l'oreille :
- Je vais aller dans le même centre que toi et nous nous reverrons très bientôt. Maintenant, vas te reposer , tu en as grand besoin.
Elle hôcha la tête pendant que Shane fouillait dans ses poches. Il trouva un bonbon à la fraise. Il lui donna :
- J'adore la fraise ! Merci ! le remercia t-elle.
Elle lui fit un dernier bisou et lui adressa un grand sourire avant de retourner dans sa chambre. Une demi heure plus tard, Shane apprit qu'il était admis à l'hôpital de jour. Les Kalinski rentrèrent chez eux et pendant le trajet, Shane ne faisait que de sourire.
Il s'était trouvé une amie.